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Vers les 150 ans de l'Eglise du Bénin

31 juillet 2009

Le 18 avril 2011, l'Eglise du Bénin célébrera les 150 ans de sa fondation. Le Père André Chauvin retrace les grandes lignes de ce long parcours.

Vers les 150 ans de l'Eglise du Bénin

Porte du salut

La Fondation

 Le 18 avril 1861, deux missionnaires, les pères Borghero et Fernandez, franchissent la barre et débarquent sur la plage de Ouidah. Cette date est considérée comme la fondation de l'Eglise au Dahomey-Bénin.

Mais cette fondation existe déjà depuis plus de 5 ans dans le cœur d'un autre missionnaire, Mgr de Marion Brésillac. Celui-ci, après 12 ans d'apostolat en Inde, a donné sa démission et cherche à travailler en Afrique, "dans les pays les plus abandonnés".

Au mois d'août 1855, Mgr de Brésillac fait une retraite chez les capucins de Versailles. L'un d'eux, le père Ambroise a rencontré un armateur de Marseille, M. Régis, qui fait du commerce avec le Dahomey et qui déplore l'absence de missionnaires dans ce pays. L'évêque voit là un appel de la Providence, et après une longue réflexion, iIl se rend à Rome et là, il rédige un « Rapport qu'il date du 4 janvier 1856, qu'il intitule : "Rapport à la Sacré Congrégation de la Propagande au sujet d'une nouvelle mission à établir dans le Royaume du Dahomey."

Le 8 décembre 1856, il fonde à Fourvière la Société des Missions Africaines. Pendant 2 ans, toutes ses lettres feront allusion à cette mission du Dahomey qui lui tient profondément à cœur, jusqu'au jour où la Propagande, jugeant le pays trop dangereux pour les missionnaires, lui propose d'aller en Sierra-Leone.

Le 25 septembre 1857, il répond : "Eminence, J'ai reçu, il y a 2 jours votre lettre du 12 de ce mois… Aussitôt, j'ai fait part de cette lettre à mes associés et j'ai le plaisir de vous faire savoir qu'unanimement, ils sont entrés dans l'esprit qui animera, j'espère, toujours notre Société, en déposant instantanément le désir que nous avions de commencer notre œuvre par le Dahomey, afin d'entrer purement et simplement dans les vues de la S. C. de la Propagande."

Il se met à la recherche de personnel et de moyens financiers afin d’envoyer des missionnaires le plus tôt possible dans ce pays.

Mais, l'homme propose et Dieu dispose ! Mgr de Brésillac envoie donc trois missionnaires en Sierra-Leone, les pères Reymond, Bresson et le frère Eugène qui arrivent à Freetown le 12 janvier 1859. Lui-même, avec le père Riocreux et le frère Gratien s'embarquent à Brest le 11 mars et débarquent le 25 mai, malgré la violente épidémie de fièvre jaune qui sévit alors.

Et c'est la catastrophe ! Entre le 2 et le 28 juin, 5 d'entre eux sont morts dont le Fondateur lui-même, et le frère Eugène est revenu malade en France.

Cependant, 7 jours avant sa mort, le 18 juin, Mgr de Marion Brésillac a encore la force d'écrire au père Planque resté en France : "Voilà pour le moment tous nos plans renversés ! Il nous faut absolument attendre du secours. Malgré tout cela, j'irai seul, si c'est possible, le mois prochain, faire un voyage au Dahomey, pour voir s'il ne vaudrait pas mieux fonder là un centre… Je suis accablé de tristesse et de fatigue." Ce sera sa dernière lettre.

Le Père Augustin Planque, à qui la Société est confiée maintenant, va continuer la mission avec les 2 pères et les 3 séminaristes qui sont restés à Lyon.

Il sollicite de Rome la mission du Dahomey. Et c'est ainsi que le 28 août 1860 (jour de la fête de Saint Augustin !) le Dahomey est érigé en juridiction indépendante et confié aux Missions Africaines.

Moins d'un an plus tard, ce sera le départ des 3 premiers missionnaires, dont le père Edde, qui, malade pendant le voyage, mourra à Freetown et sera enterré à côté du Fondateur, le 9 avril 1861. Et ce sera enfin l'arrivée définitive à Ouidah, le 18 avril 1861 des deux pères Borghero et Fernandez.

Le clergé local

Le grand désir de Mgr de Brésillac a toujours été celui de créer une église locale avec un clergé originaire du pays. Ce sont d'ailleurs les difficultés qu'il a rencontrées sur ce point en Inde, qui ont provoqué en grande partie sa démission. Il reprend ce souci dès la fondation de la nouvelle Société.

En 1914, le séminaire de Ouidah accueillera les premiers séminaristes. Il faudra attendre 67 ans après l'arrivée des premiers missionnaires pour voir l'ordination du premier prêtre dahoméen, l'abbé Thomas Mouléro, le 15 août 1928.

Pour les 100 ans de l'Eglise en 1961, il n'y aura pas d'ordination, mais le 50ème prêtre diocésain, l'abbé Théophile Ouensavi, sera ordonné l'année suivante, en 1962.

Le 22 juillet 1978, verra l'ordination du 100ème prêtre béninois, l'abbé Charles Whannou, actuel curé d'Adjarra. L'année 2011, 150ème anniversaire de l'arrivée des premiers missionnaires devrait voir l'ordination du millième prêtre diocésain béninois !

Aussi, l'Eglise locale ne peut que rendre grâce et célébrer dans la joie, la force de l'Esprit Saint qui, à travers des difficultés parfois insurmontables, a permis à notre Eglise de grandir et de témoigner du Christ au milieu des païens.

Il reste maintenant à cette Eglise de devenir missionnaire, comme le rappelle dans toutes leurs interventions les Evêques du pays. Les besoins sont immenses tant ad intra qu'ad extra. Les diocèses du nord en particulier auront longtemps besoin d'aide de leurs frères du sud pour évangéliser tous ceux qui ne connaissent pas encore le Christ.

C'est pour rendre grâce, pour nous souvenir de toutes les merveilles accomplies depuis 150 ans, pour nous rappeler les difficultés, les souffrances, les sacrifices de tous nos "Pères dans la Foi" que nous proposons de publier dans "La Croix du Bénin" la vie des premiers missionnaires et nous préparer ainsi au grand jubilé de 2011. Depuis 1861, près de 400 missionnaires SMA ont débarqué à Ouidah ou à Cotonou pour travailler dans ce pays. Beaucoup sont morts avant d'avoir atteint 30 ans ! 63 d'entre eux sont enterrés dans cette terre qu'ils ont tant aimée. En 1906, année des 50 ans de la SMA, 45 ans après l'arrivée des deux premiers missionnaires, on pouvait déjà compter, dans les cimetières de la Côte, du Sierra-Leone au Nigeria, les tombes de 283 pères et frères SMA. La graine jetée en terre a porté beaucoup de fruit !

Père André Chauvin, SMA

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